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20.06.2013

Carte Blanche à Labkultur : Relooke mon quartier – ARTgenossen

La coopérative d’artistes au coin de la rue. 

L’art quitte son berceau, les studios, et vagabonde dans les rues. A Dortmund, le quartier de Südstadt est l’habitat et le lieu de création et de vie de ARTgenossen, une coopérative de 10 artistes, hommes et femmes confondus, des alentours des quartiers de Kreuz-, Klinik-, et Saarlandstrasse. Jusqu’au 13 mai, ces artistes ont exposé leurs œuvres dans des boutiques choisies.

« Quand j’ai  déplacé mes œuvres du studio protecteur à la rue bruyante, à l’extérieur, ça a été un moment émouvant » Sabine Held, Artiste.

L’idée parait simple, mais elle comporte une certaine complexité –et soulève un certain nombre de questions. L’idée : des artistes locaux présentent leurs œuvres –peintures, objets, sculptures, gravures –dans les commerces du quartier pour une durée limitée. Cela peut être un coiffeur, un cordonnier, un boulanger, un supermarché ou un café. Le sud du centreville de Dortmund, le dit Saarlandstrassenviertel, est spécialement adéquat pour ce genre d’actions : il s’agit d’un quartier animé, fréquenté en sa majorité par des piétons, débordant de commerces et de boutiques qui sont encore gérées par leurs propriétaires. Ce qu’ils offrent : des biens de consommation de tous les jours, mais aussi d’autres choses bien plus sophistiquées comme des machines à espresso, décorations d’intérieures, des textiles, ou des biens immobiliers. La Saarlandstraße est une rue commerçante populaire, pleine de petites mamans modernes venues du quartier de Kreuzviertel derrière des poussettes, qui sirotent leurs lattés dans les cafés calfeutrés propres au cadre.  

Les propriétaires des boutiques deviennent des mécènes

La coopérative ARTgenossen est active depuis 2 ans maintenant –pendant ce temps, ils ont organisé plusieurs journées portes ouvertes pour faire des visites et des promenades. Au contraire de la zone de développement de la Rheisische Strasse, La Neue Kolonie West, ces artistes sont renommés et sont déjà établis dans leurs studios, ce ne sont pas des nouveaux venus des galeries pop-up, ou de jeunes artistes en devenir. Leurs studios ouverts sont sensés baisser le taux d’inhibition d’une clientèle vaguement intéressé par l’art, mais avec leur dernière initiative de 10 jours, « ARTgenossen local »  ils arrivent à toucher des lieux ordinnaires, et ainsi ils arrivent au public du quartier pendant son quotidien.

Cela a des conséquences. Les deux premiers objectifs du projet à la base ont été atteints très vite : « l’amélioration de quartier » et les « aspects de communication » qui selon l’artiste Rosa Fehr-von Ilten devront prévaloir, en attirant l’attention vers les moyens des arts. Le coiffeur : « Je pouvais difficilement être à l’heure pour mes rendez-vous, parce que mes clients voulaient parler d’art ». Le cordonnier : « Dans très peu de temps, l’attention que nous prêtons à notre quartier, un sens de la communauté, s’est développé ». Le propriétaire du café : « Mes clients commencent les conversations en parlant des objets exposés ». Se servant de termes comme « fierté » ou « honneur », quelques propriétaires des boutiques qui exposent les œuvres sont même devenus les mécènes de « leurs » œuvres.

Peut-on reconnaître l’art quand on n’y connaît rien ?

Outre la question de si exposer des œuvres d’art dans des lieux ordinaires peut susciter des critiques sur la dite légitimité des lieux d’art comme les galeries et les musées –comment les gens normaux qui dans leur vie de tous les jours vivent cet expérience de l’art ? Certains client ne reconnaissent même pas les objets comme des œuvres d’art, ou ils les considèrent, selon la diplomatie classique testé et appruvée de la Ruhr, comme « une affaire de goût ». ARTgenossen parle de « surprise » et d’ « irritation » (Claudia Karweick, artiste) et signalent que l’art doit « rester ferme, même dans un environnement atypique » (Sebastien Wien, sculpteur)

Les œuvres exposés ont été crées en partie pour faire éco à leurs lieux d’exhibition : une grand collage fait avec des lambeaux de sacs plastiques (Silvia Liebig) s’intitule ‘Pimp my Head » (requinque ma tête » est exposé sur un mur dans un salon de coiffure ; des peintures et des graphiques dans esthétique en noir et blanc (Claudia Karweik et Petra Eick) ont été inspirés par leur lieux d’exposition actuel, une imprimerie ; un objet mobile fait avec des cuillères en plastique (Sabine Held) embellit la fenêtre d’un café culte. D’autres œuvres irritent du fait qu’elles semblent avoir trouvé leur place par hasard : par exemple un torse de femme fait en if (Pia Bohr) chez un opticien, ou une sculpture en acier (Sebastien Wien) dans le hall d’un supermarché bio. 

C’est de l’art seulement parce que c’est dans un musé ?

Il s’agit d’un effet bizarre et aliénant –soudain, tout ce qu’on trouve dans la Saarlandstrasse devient de l’art. On se sent comme dans une chasse au trésor, comme si on cherchait des truffes. Le trucmuche bizarre à la fenêtre qui ressemble à une plante  et qui a été certainement créé par un artiste –c’est de l’art, n’est-ce pas ? Non, c’était déjà là avant. Une plante tout simplement, pas de l’art. Cela peut être un peut perturbant par fois…

Comment la vie quotidienne affecte-t-elle l’art ? Est-ce que l’art en pâtit, ou bien est-ce sont statut d’œuvre d’art qui en souffre ? Pouvons-nous reconnaître l’art dans le cadre surchargé d’une boutique ou dans l’ambiance surchargée d’odeurs d’un café brasserie ? Commentaire laconique de la part d’un client habitué : « Eh bien, ça va devenir graisseux dans pas longtemps –et en quinze jours, ça sentira la frite »

 

Peter Erik Hillenbach

Labkultur

LABKULTUR est un webzine européen au service de la culture et de la créativité. Plus de 20 auteurs originaires de la Ruhr, Londres, Rotterdam, Istanbul, Nantes et Kosice relatent depuis leur port d’attache l’évolution du monde digital et social. Ils étudient l’influence de la culture sur le développement urbain et analysent les parcours et productions d’artistes et de créatifs en tous genres. Projet ecce, LABKULTUR considère la créativité comme le moteur de l’avenir de la ville. 

 

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