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21.06.2013

Carte Blanche à Labkultur : Le Burkina Faso à la quête de ses propres photos

L’opera village de Schlingensief en Afrique

Plus de 150 enfants avec 150 appareils photo et le projet photo “Mach Dir ein Bild” (Avez-vous une image?)

De Dortmund jusqu’à Ziniaré. Marie Köhler est étudiante en photographie à l’université de sciences appliquées, dans le but d’obtenir son master, mais pour le moment, elle habite le Burkina Faso pendant quatre mois. Agée de 32 ans, Köhler a concrétisé le projet « Mach Dir ein Bild », avec l’aide d’une bourse de la Fondation académique nationale d’Allemagne, fondée à Operndorf Afrika par Christoph Schlingensief. Köhler gère les 159 élèves dans un atelier photo – leurs images seront montrées dans une expo nomade à travers l’Allemagne, après avoir été montée premièrement en Afrique. Dans cet entretien, Marie Köhler explique son approche de l’art, de la vie quotidienne, et ce qu’elle ressent en habitant avec des enfants férus de photographie. 

Labkultur: Comment est la vie au Burkina Faso? Quel est le ryhtme de la vie quotidienne?

Marie Köhler: J’habite dans un de ces appartements prototypes : un bureau, une chambre à coucher. Chaque matin à 10 heures, j’ai une session d’atelier d’une heure offerte à deux groupes de 10 enfants chacun. Après la pause déjeuner, je conduis jusqu’au village Ziniaré pour développer les pellicules et récupérer celles qui ont été développées.  Puis, j’effectue des scans des négatifs. Le soir, je cuisine pour moi et pour les invités qui se retrouvent chez moi. Ces moments-là sont géniaux, nous nous asseyons ensemble, parlons de notre journée et de nos expériences vécues au Burkina. Je communique par les gestes de mains et de pieds, ainsi qu’avec quelques mots de français et de Moré, le langage tribal des Mossi. Ils apprécient cela beaucoup et rient à chaque fois qu’un blanc essaie de parler Moré, ce qui fait chaud au cœur. De toute façon, ça fonctionne toujours avec les enfants, on communique par fois avec un langage imaginaire. En plus de notre expression corporelle, on peut en fin de comptes communiquer assez bien, ce qui devient presque amusant aussi.  

Décrivez-nous, s’il vous plaît, le projet dans l’opera village. Pourquoi est-ce que la photographie a été choisie comme moyen d’expression ?

Mach Dir ein Bild est un projet qui a pour but d’entamer un dialogue artistique ouvert à toute perspective, quel que soit l’âge, l’origine sociale, la langue maternelle ou la religion. En ce moment, je travaille dans le village-opéra avec des enfants qui ne connaissent ni la photographie ni la pratique du design des pays de l’Occident. Je considère cela un grand avantage pour les deux parties qui peuvent se développer en apprenant l’une de l’autre.

Le plus souvent, nous communiquons avec les mots parlés. Cependant, la photographie ouvre la voie à une nouvelle forme de communication et d’attention à soi-même. Grâce au message figé dans une photo - une sorte de microcosme d’un moment donné, un sujet dans un cadre – le jeune photographe permet au spectateur d’accéder à ses expériences personnelles. Les enfants et les adolescents apprennent une approche artistique par le langage de la photographie, qui leur permet de mieux comprendre les aspects positifs et négatifs de leur environnement.    

Dans ce projet photographique, qu’est-ce qui vous a le plus impressionné jusqu’à présent ?

Le meilleur moment c’était quand j’ai vu les photos prises par les enfants pour la première fois. A ce moment là, le fait que ça allait marcher a devenu évident.

J’ai essayé de contrôler mes attentes, mais néanmoins, j’ai nourri l’espoir secret que des photos géniales sortiraient du projet. Le premières photos m’ont vraiment sidérée. Elles sont toutes originales, avec un degré de détail incroyable et montrent des situations auxquelles d’autres personnes, ou moi-même, auraient eu difficilement accès.

Ayant vécu l’opéra village à Laongo, vous pensez que le modèle de « changement par la culture » fonctionne ici ? Les gens de la région acceptent-ils l’offre culturelle ?

Les choses poussent bien ici. L’école marche, 100 élèves assistent aux cours de première et de deuxième année. Ils ont des cours d’art, et une après-midi par semaine est réservée pour un programme culturel, que ce soit du cinéma, du théâtre, des concerts ou des comédies. En même temps, ces événements ont réussi a attires près de 150 personnes des villages alentour, ce qui est à mon avis un immense succès. L’opera village est devenu un endroit de rencontres sociales et de coopération. Mon projet a été très bien reçu. Au début, je sous estimais la magie de la photographie. Actuellement, 100 élèves, 30 adolescents des villages et 20 adultes assistent aux ateliers. Ce n’était pas facile d’expliquer que je n’échangeais pas les batteries la nuit –ce qui signifie qu’ils sont tous très enthousiastes ce qui est super.  Je suis très enthousiastes quant à l’exposition finale. Les enfants qui ont pris les photos décident les quelles photos ils veulent montrer.

Après cette première en Afrique, les perspectives des enfant de l’opera village voyageront à travers plusieurs expositions en Allemagne. Quelle image de l’Afrique vont-elles transmettre ?

En Allemagne, nous avons l’habitude de voir des photos de l’Afrique où on voit soit la pauvreté, la guerre, des enfants avec des ventres gonflés, soit de belles images de safari avec des éléphants jouant avec de l’eau. Il n’y a pas beaucoup d’autres sujets, et en Allemagne, les gens connaissent difficilement quoi que ce soit sur le Burkina Faso.

A cause de cette ignorance, il n’est pas facile de changer l’image que les gens se font. Les enfant d’ici prennent des photos magnifique, mais je suis sure que la photo de Macime où on voit sa sœur jouer dans la poussière sera utilisée en Allemagne pour une campagne d’appel au don de « Brot für Welt » (association Pain pour le monde). Malgré tout ça, la sœur de Macime va très bien et il n’a jamais eu le dessein d’attirer l’attention sur son « malheur ».  Dans nos têtes, nous mettons l’Afrique dans des cases et bornons notre point de vue. Bien évidemment il y a des malheurs, des situations délicates, de la pauvreté, de la famine, mais il y a aussi une vie normale de tous les jours, et il y a aussi des Moi et des Toi. Je me demande si l’on est préparés à regarder ces photos d’un angle différent, si nous sommes capable d’y voir les choses merveilleuses.  Si nous sommes prêts à apprendre plus sur ce pays, ou si nous allons continuer à le réduire à sa pauvreté. A la fin, les enfant décideront de quelles photos ils vont nous montrer et nous déciderons de ce que nous voulons en tirer.

Questions posées par Annika Klein et Annika Schmermbeck. 


Labkultur

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