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19.06.2013

Carte Blanche à Labkultur : La machine des hasards

Sebastian Olma, un visionnaire et agent de changement pour un nouveau concept du business

C’est un mot étrange: Potlatch. On dirait le nom d’un village allemand. Ou bien d’un ragoût d’Europe de l’est. Cependant, il s’agit en fait d’un terme ancien d’un village indigène d’Amérique du nord qui désigne un festival de dons de cadeaux et un système économique fondamental du peuple indigène. Ils offrent des cadeaux sans en recevoir en retour.  Et il ne s’agit pas d’un échange d’argent, loin de là. Le but principal du potlatch est la redistribution et la réciprocité des richesses. Les économies modernes ne possèdent pas de telles valeurs comme force motrice – notre économie est basée sur un échange qui se clôt en payant le prix d’échange et qui isole le précédent propriétaire du bien ou du service.

Néanmoins, les choses changent.  Nous cherchons à augmenter l’adaptabilité dans le domaine du travail et la demande de réviser de nouveaux modèles de gestion. Le partage est un des nouveaux termes clés, le hasard en est un autre : c’est la création de valeur basée sur des rencontres inattendues et des découvertes accidentelles – ceci correspond à une nouvelle source d’organisation dynamique.  Des acteurs à grand succès comme Google et LinkedIn offrent des heureux hasards en guise de congés (serependity leaves) à leurs employés : ils peuvent prendre des pauses hors de la structure rigide dans laquelle ils travaillent afin de trouver de la qualité dans les lieux les plus inattendus.

Ceci est l’origine de seats2meet (S2M), un projet né aux Pays-Bas. C’est un bureau/café/salle de séjour/cuisine, dans lequel des indépendants et des entrepreneurs viennent travailler, échanger et créer. Le partage d’idées, la création et l’expertise sont des qualités naturelles des individus. C’est un lieu de travail marqué par son aspect décontracté comme dans une maison. C’est un espace qui prime l’ouverture, l’accessibilité et le partage. S2M n’est pas basée sur la conception d’une ancienne économie – la question « d’où provient l’argent » n’est pas la question principale (même si elle reste une question importante). Les gens ne paient pas pour intégrer le lieu ; il n’y a donc pas d’obstacle financier pour en faire partie. Il s’agit d’un système alternatif de valeur, similaire au potlatch. Café gratuit. Déjeuner gratuit. Bureau gratuit. Comment est-ce que cela fonctionne ?  

Transformer les frustrations et les échecs du passé en stratégies pour le changement

S2M a commencé par hasard à Utrecht. Aujourd’hui, il y a plus de 85 locaux dans les Pays-Bas, en plus des locaux internationaux. On a prévu d’ouvrir d’autres locaux sous peu ; il y a quelques semaines un local a été ouvert à Tokyo. Le but principal de S2M est de faciliter des échanges inattendus – S2M est une machine. Une expression du passé est employée pour expliquer l’avenir. Sebastian Olma, un des fondateurs du Think Tank et du Serendipity Lab, en a fait le sujet de son livre, The Serendipity Machine … Pendant ses recherches, il n’a pas gardé longtemps un esprit critique, et il est devenu enthousiaste très vite : « Ce qui est génial dans un endroit comme S2M c’est qu’il crée énormément de valeur et transforme une économie de pénurie en une économie d’abondance : l’argent que les gens sont en train en payer à S2M est un capital social.

Bien joué, mais qu’est-ce que cela signifie vraiment et quels en sont les avantages pour S2M ?

Afin d’entrer plus en détail : au début, il y a une idée simple mais innovatrice (peut-être pas aussi innovatrice que ça, car elle fut déjà pratiquée par les indigènes) : pour profiter de l’espace, les utilisateurs sont demandés de payer avec du capital social à la place d’argent traditionnel. Ceci peut consister en l’adoption d’une attitude particulière. Pour finaliser cet échange de capital social, S2M demande à ses utilisateurs de s’inscrire via son app ou son site web afin de réserver un lieu de travail (cette étape est payante). Chaque utilisateur potentiel est demandé d’inclure une photo (ou un lien à son compte Twitter ou LinkedIn), ainsi que de spécifier son domaine d’expertise et ses talents. A chaque fois qu’un utilisateur réserve un lieu de travail, il doit signer l’accord suivant : « Etant donné que vous ne payez pas avec de l’argent, nous nous attendons à ce que vous payez en capital social : c’est-à-dire, être ouvert à des rencontres inattendues et de valeur, ainsi que de partager vos savoirs et vos talents ». 

Cette stratégie fonctionne uniquement parce que S2M offre également un service premium : ces lieux de réunion et ses bureaux de travail. Ainsi a officiellement été créé un ‘freemium’ système qui permet à S2M de partager de façon non-commerciale une portion importante de ses revenus avec le nombre croissant de professionnels indépendants.

Créer l’avenir avec une méthode ouverte, active et dynamique

La compagnie S2M comprend la valeur d’avoir 100 personnes dans un même lieu qui Tweet, blog, envoient des textos et des mails des messages sur la qualité du lieu est une technique imbattable. Le pouvoir du marketing viral justifie que S2M offre des lieux de travail sans demander en retour une indemnisation. De retour, S2M a pu supprimer son département de marketing. 

Basically that’s it. Le capital social en tant que ‘cours légal’ établit une plateforme pour une société de réseau, qui utilise au maximum son potentiel social et technologique, tout en construisant des structures qui valorisent nos sources contemporaines de valeur humaine, de savoir et de créativité d’une manière durable. Lorsque des individus partagent leurs talents et leurs savoirs, ils forment des liens. Un ‘cadeau’ offert par quelqu’un lui revient sous la forme d’une recommandation pour un poste, un partenariat professionnel ou d’un projet commun dans l’avenir.  Il s’agit de la réciprocité asynchrone du potlatch. Les capitaux économique et social sont intimement liés. Ainsi, le hasard n’est pas un concept ‘soft’ pour les employés à S2M. Le modèle de gestion de S2M, tel qu’il a été établi par ses fondateurs Ronald van den Hoff et Mariëlle Sijgers, est dédié à la production de qualité et de l’établissement d’entreprises. En construisant un réseau fiable de « bobos geeks » ou bohémiens numériques et d’entrepreneurs créatifs, ceux-ci permettent aux entreprises de se forger un avenir d’une manière ouverte et dynamique. La continuité du flux de capital social est assurée. Disons que S2M s’est projetée dans l’avenir du capitalisme.

L’avenir du travail commence avec une machine à café

Que signifie « le hasard » pour l’auteur Sebastian Olma ? « Dans mon livre, je définis ‘le hasard’ comme le déroulement de rencontres inattendues et de découvertes étonnantes qui ajoutent de la valeur aux activités professionnelles d’un individu. En tant que tel, le hasard est la source sous-jacente du savoir utile et de la créativité au sein d’une organisation. La recherche sur l’innovation a clairement démontré cette constatation au cours de ces dernières décennies. C’est pourquoi les experts en innovation sont stimulés par leurs conversations lors des pauses café. Parce que c’est à ces moments-là qu’a lieu le hasard. S2M a su transformer la pause café en modèle de gestion assez puissant.  D’autres organisations auront intérêt suivre ce modèle car aucune compagnie ne peut résister à céder sa politique innovatrice à une pause café ». Donc, savourez votre prochaine pause café – quelque chose de plus vous y attend.

 

Swantje Diepenhorst

 

 

Labkultur

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