Culture is future » Innovation et numérique

23.09.2013

Carte blanche à Arte : Expérimenter, inventer, innover - les webproductions d’ARTE

J’ai aujourd’hui un double privilège : privilège de m’exprimer sur le site de ce formidable laboratoire d’idées et de rencontres qu’est le Forum d’Avignon. Privilège aussi de présenter le bel atelier d’expérimentation qu’est le pôle web d’ARTE France. Pour explorer le « pourquoi » des travaux que nous menons tous les jours avec nos auteurs et producteurs ; et pour approfondir le « comment » de la production de ces œuvres, programmes et services que nous voulons à chaque fois uniques en leur genre.

Nos pratiques culturelles changent. Jamais auparavant, nous avons eu autant de manières différentes de raconter des histoires, de les produire, de les diffuser et de les consommer. La télévision est chaque jour un peu moins un média passif : nous ne la regardons plus de manière exclusivement linéaire, mais en rattrapage, sur des plateformes vidéos tierces et à la demande. Le développement de la social TV fait que nous interagissons désormais avec les histoires que l’on nous raconte, sur Twitter, Shazam ou Get Glue.

Cet essor est accompagné par la popularisation de formats interactifs, pensés d’abord pour le web : au cours des dernières années, nous avons vu naître des genres nouveaux comme le « webdocumentaire », dont notre programme Alma constitue à mon sens un des exemples les plus aboutis. La série, œuvre culturelle emblématique de ce début du XXIe siècle, n’est pas en reste, avec des dizaines de « web-séries » produites tous les ans en Europe, en Amérique du Nord, mais aussi dans des pays comme l’Inde, le Nigéria et le Brésil. Enfin, des programmes « transmédia » voient le jour. Des productions ambitieuses et complexes, pensées à la fois pour le web et la télévision, à l’instar de la fiction Intime conviction, qui sera diffusée à l’hiver 2013-2014 sur ARTE.

Pour rendre possible ces nouvelles narrations, des manières différentes de produire s’imposent. En ce sens, la réponse la plus adaptée réside pour nous dans le mélange des compétences, dans « l’hybridation ». Hybridation d’abord des moyens de production : aujourd’hui, la Direction des Moyens numériques de Radio France est dotée d’une équipe qui créée des documentaires audiovisuels pour le web. Au-même moment, des producteurs audiovisuels comme l’Office national du Film du Canada explorent le son dans leurs œuvres interactives. Sur une échelle plus industrielle, la plateforme de distribution de VOD Netflix produit avec House of Cards sa première série originale. Et le studio Ubisoft se lance tout seul dans la réalisation du film tiré de son jeu vidéo au succès planétaire Assasin’s Creed.  

Dès lors que les frontières entre les genres disparaissent de cette manière, pourquoi ne pas imaginer également un documentaire sous forme de « newsgame » en temps réel et accessible aux internautes du monde entier, comme Fort McMoney ? Ou un jeu-vidéo qui, au même moment, est une véritable œuvre de création artistique, comme Type:rider ?

Cependant, à l’heure de l’abondance des offres et de l’audience web massive mais extrêmement fragmentée, il faut également réfléchir à de nouvelles formes « hybrides » pour distribuer ces contenus. Une distribution plurimédia, qui doit profiter des forces de chaque média et jouer la complémentarité entre le web et l’antenne. Mais qui passe aussi et surtout par nos pages Facebook, Twitter ou encore Instagram, puisque pour la majorité des internautes, les réseaux sociaux constituent aujourd’hui le principal filtre dans leur consommation de contenus. Enfin, l’« appification » du web mobile pose la question de la distribution exclusive d’applications sur les plateformes de distribution des grands géants du secteur, à commencer bien sûr par l’AppStore et Google Play.

Cette réflexion de fond, qui porte à la fois sur le contenu, sa forme et sa distribution, doit désormais être menée dès la conception d’un programme. Les producteurs deviennent ainsi diffuseurs – et les diffuseurs deviennent éditeurs – pour interagir de manière plus directe avec les communautés qui s’intéressent à leurs contenus, pour aller chercher activement les audiences là où elles sont.

Car, bien que notre statut change, notre rôle reste le même : en tant que média, notre cœur de métier est de faire découvrir des contenus à nos publics. Dans le cas spécifique d’ARTE, cela signifie correspondre aux usages existants tout en offrant des contenus innovants et surprenants. Des contenus pour de nouveaux publics, avec leur connexion quasi permanente aux réseaux sociaux, leur culture du partage et du remix et  leurs magazines iPad personnalisés. Des productions, aussi, pour les nouveaux supports : mobiles et tactiles pour le moment, comme notre offre tous écrans Cinemacity, expérience culturelle qui permet de voir des extraits de films dans Paris, à l’endroit même où ils ont été tournés. Et qui ouvre la voie à des développements à venir : avec l’arrivée sur le marché de nombreux nouveaux gadgets en 2014 (iWatch, Google Glass…), le « contextual computing » et le « wearable computing » feront que les écrans seront toujours plus nombreux – et toujours plus proches de notre propre corps.

Tout cela peut paraître bien loin des missions historiques d’une chaîne de télévision. Mais, de fait, nous ne faisons que transposer les missions d’ARTE, chaîne culturelle européenne, sur le numérique : être un soutien à la création en travaillant la main dans la main avec des auteurs, producteurs et agences, qui créent de plus en plus pour les nouveaux médias. Rendre compte de la culture au sens large dans des documentaires, séries et expériences ancrés dans leur époque. Défendre une approche européenne et internationale, avec des sujets dont l’intérêt dépasse largement nos frontières.

Et incarner ainsi un service public moderne et résolument tourné vers l’avenir.

 

Alexander Knetig
@aknetig

 

 

Arte

ARTE est une chaîne publique culturelle et européenne qui s’adresse à tous les téléspectateurs curieux et ouverts sur le monde, partout en Europe et en particulier en France et en Allemagne.

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