Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

02.03.2012

Billet du Forum d'Avignon - Les papes vont-ils revenir à Avignon ?

Une révolution de Palais ! A la volonté du président du Conseil Mario Monti de supprimer l'exemption fiscale dont bénéficie le Vatican, l'Eglise romaine peut-elle en représailles opter pour une meilleure domiciliation fiscale ? Et pourquoi pas, (re)trouver l'asile au Palais d'Avignon ? Les économistes le savent, le démontrent et ne cessent d'en avertir les gouvernements, il faut se méfier des disparités trop aiguës entre les fiscalités nationales européennes, surtout pour des pays aux frontières et à l'histoire si poreuses. 

 

Imaginer le branle bas de combat en Italie constatant amèrement que le décalage de fiscalité entre les nations européennes peut entraîner une conséquence historique, économique,   voire spirituelle au goût de déjà-vu ! Le retour des papes en Comtat Venaissin après 700 ans d'absence ! Comme l'a démontré la récente étude "The way to cultural diversity' produite par Ernst & Young pour le Forum d'Avignon, l'impact de la fiscalité est déterminante pour promouvoir la culture et ses acteurs. Dans notre cas de figure, l'église - tout à la fois une racine et un pilier central de notre culture occidentale - pourrait y être sensible et faire jouer l'attractivité fiscale de territoires bien connus pour y déposer ses trésors, et regrouper ses employés...

Incontestablement, plus que le Qatar ou d'autres zones franches aussi performantes, la France et Avignon possèdent tous les atouts nécessaires d’une attractivité maximale -sans parler d’ Histoire- pour intéresser les nonces ; une fiscalité légère pour le denier du culte, un Palais des Papes   fraîchement  rénové, au sein d'une ville doté des meilleurs équipements culturels possibles ; un théâtre-opéra, l’un des festivals de théâtre le plus renommé du monde, une politique culturelle active tout le long de l'année... La confrontation des trésors de la Collection Lambert avec ceux du Vatican mériterait incontestablement le détour... Sans parler d'un climat qui n'obligerait les cardinaux et leur équipage à aucune adaptation délicate. 

Alors, bientôt le cas d'école du Vatican et Avignon aussi exemplaire que Guggenheim sur Bilbao ? Cette savoureuse hypothèse n'est (hélas) qu'une provocation de l'histoire et du pouvoir laïque ; l'Église qui a appris officiellement son nouveau statut de contribuable sur le site Internet de la présidence du Conseil a fait savoir qu'elle examinerait le décret 'avec responsabilité'. "Cette décision représente pourtant une véritable révolution. rappelle  Richard Heuzé du Figaro.fr  Jusqu'à présent, aucun gouvernement italien ne s'était avisé de toucher aux privilèges de l'Église. En 2005, l'exécutif de Silvio Berlusconi avait même couché par écrit le régime d'exemption fiscale jusqu'alors tacitement reconnu à l'Église. Régime que le catholique Romano Prodi avait étendu l'année suivante, à peine arrivé au pouvoir."

Ce clin d'œil de l'histoire et des temps économiques difficiles que traverse l’Italie démontre en creux à quel point nos dirigeants devraient harmoniser la fiscalité européenne. Le risque de départ du Vatican n'est évidemment qu'une fiction tant il semble que la soumission des biens de l'Église à l'impôt foncier ne pourrait s’avérer n’être qu'un vœu (pieux)... que le gouvernement italien doit maintenant traduire en décret, soumis au Parlement.  Pour ceux qui connaissent les chemins législatifs italiens, ils sont comme ceux du Seigneur, impénétrables. Que sera sera.