Culture is future » Attractivité des territoires et cohésion sociale

05.06.2012

Article - une « culture forte » pour la Chine?

Le retard du développement de culture en Chine.

Le grand succès des films américains « Kung Fu Panda » en Chine a bouleversé la Chine. Depuis « la Réforme et l’Ouverture » de la Chine en 1978, la passion du public chinois pour la nouveauté et les produits cultuels occidentaux ne fait plus la nouvelle. Les Hollywood films, les patrimoines culturels européens, le manga japonais, les Chinois notamment les jeunes les accueillirent très volontiers. Mais le choc peut aussi être douloureux quand il s’agit d’un film américain sur la culture chinoise-« Kung Fu Panda »-qui connaît un succès immédiat en Chine. Ce phénomène loin d’être isolé fait réfléchir cette population qui est souvent fière de leur longue histoire, mais qui connaît paradoxalement très mal leur propre culture à cause d’un retard important du développement de l’industrie de culture, et l’éducation artistique et culturelle…

Printemps pour la culture?

L’évolution de la société chinoise est fulgurante. Rappelons qu’il y a un peu plus de trente ans, la culture traditionnelle chinoise était encore frénétiquement attaquée pendant la « Révolution culturelle» dirigée par Mao. Ayant été jugée « antirévolutionnaire », la culture chinoise - s’il est encore trop tôt de dire qu’elle connaît son printemps aujourd’hui – a attiré une considération importante des autorités chinoises.

Effectivement, dans le but d’accroître le soft power et la compétitivité de la Chine, des mesures sont déjà mises en place pour « relever le défi grave ». S’inspirant du modèle français de « l’Alliance Française », les Instituts Confucius à l’étranger n’ont cessé d’augmenter depuis 2004, on compte actuellement 350 Instituts Confucius dans le monde entier. Pour mettre en valeur ses patrimoines historiques et ses pratiques culturels, la demande d’inscription de la part de Chine auprès de l’UNESCO sur la liste des « Patrimoine mondial » et « Patrimoine culturel immatériel de l'humanité » connaît aussi une croissance considérable ces dernières années. Par ailleurs, les autorités chinoises ont commencé à s’investir dans les médias comme Xinhua à l’étranger et CCTV sur internet afin de faire entendre et comprendre « la voix des Chinois » en vue d’une meilleure compréhension mutuelle pour construire « un monde harmonieux ».

Or, malgré tous les progrès réalisés et quelques directions des actions que l’on a constatées, il me semble encore trop tôt dire que la politique culturelle chinoise est mature ou suffisamment bien identifiée, surtout elle connaît des limites essentielles pour l’instant, particulièrement celle qui est liée au régime chinois en sens général.

L’enjeu pour le développement culture chinoise.

Pour l’industrie de culture, « l’Occident est puissant tandis que notre pays est faible » dit le Président chinois Hu Jintao à l’issue d’une session du CCP octobre l’année dernière. Le message est donc clair : la Chine veut une « une culture forte », tant en Chine qu’à l’étranger, une culture qui joue un rôle de plus en plus important dans le développement du pays.

La volonté est déclarée, mais le développement de la culture se trouve dans un dilemme, car la politique culturelle chinoise est contradictoire : d’un coté, on reconnaît le poids important de la culture, on est conscient du retard de la culture, on manifeste la volonté de la promouvoir tout en continuant les progrès réalisés; de l’autre coté, la politique cultuelle a une mission qui constitue sans doute « l’exception chinoise » : légitimer le régime communiste chinois. En d’autres termes, il faut développer plutôt la culture jugée « favorable » ou au moins « neutre » au maintien de ce régime, ce qui se traduit par exemple en une censure qui freine effectivement l’innovation de culture chinoise. Des artistes chinois sont donc « qualifiés » dissidents comme Ai Weiwei, ils doivent faire face à des problèmes que l’on ne connaît pas par exemple en France grâce au respect de la « liberté de création » comme principe juridique fondamental. Sûrement, ça prend encore du temps pour que la liberté de création devienne une demande plus urgente pour les Chinois qui sont de plus en plus éduqués, et que les autorités chinoises se rendent compte que la prospérité des produits culturels diversifiés et innovants ne peut pas être le fruit d’un ordre des autorités publiques. Un respect de la liberté de création est prouvé comme le premier pas vers une « culture forte ».  

Mais avant l’application totale du respect de la liberté de création très attendue en Chine, d’autres pistes peuvent être identifiées par exemple en matière de protection du patrimoine historique, d’éducation artistique, de jeux vidéo, de coproduction du cinéma, de festival culturel, etc., et des coopérations internationales sont aussi envisageables pour ce marché désormais non négligeable, l’exemple tout récent : en 2011, la Chine est devenue le premier marché mondial de l’art contemporain.

Une contribution de Jialong XU, Sciences-Po Paris