Culture is future » Financements et modèles économiques

25.07.2012

Article - Le crowdfunding ou l’avènement de « l’investisseur-loisir »

A l’heure où la culture se cherche des financements, le « crowdfunding », ou finance participative, apparaît comme une alternative privée intéressante. La possibilité de participer avec de petites sommes au financement d’un projet culturel dessine un nouveau profil d’investisseur.


Cinéma, BD, reportages photos, œuvres d’art,… la finance participative touche désormais toutes les dimensions de la création.  La plate-forme qui domine le marché américain, Kickstarter, avec des collectes de dons de plus d’un million de dollars a notamment permis à Eric Migicorsky, inventeur d’une montre connectée aux smartphones (« Pebble Watch ») de lever 10 millions de dollars grâce à 85 000 donateurs. En Europe, après un départ plus timide avec mymajorcompany, Ulule connaît un développement rapide de 25% par mois et totalise aujourd’hui 56 000 membres, 2.6 millions d’euros de financements reçus des internautes et 1000 projets financés en 18 mois, soit 47% des projets mis en ligne.

Un financement privé de start-ups qu’il faut encadrer et valoriser

Ces succès n’empêchent pas les Cassandre sur la nature de l’investissement : son faible retour, l’opacité de la gouvernance, ou encore le manque d’expertise des investisseurs. D’autres l’accusent d’appauvrir la culture en favorisant une création commerciale grand public, destinée non seulement aux spectateurs, mais aux financeurs. Pourquoi alors que le phénomène démarre, le stigmatiser déjà ?  Affirmer que les petits investisseurs particuliers seraient moins légitimes ou professionnels ?

Il reste à l’Europe et particulièrement la France à mieux l’encadrer et le valoriser, en allégeant les contraintes écrasantes de l’appel public à l’épargne…  Les Etats Unis, pépinière s’il en est, a pris les devants avec la loi du Jobs Act ("Jumpstart Our Business Startups Act"), adoptée début avril 2012 dont l’Europe pourrait bien s’inspirer ; les start-ups peuvent ainsi lever jusqu’à 50 millions de dollars auprès de 1 000 investisseurs (avant inscription à la SEC) et le particulier, investir jusqu’à 10 000 dollars maximum jusqu’au plafond de 10 % de son revenu annuel. De quoi lancer bien des projets et stimuler l’émergence de créateurs innovants et d’emplois et pas seulement dans le secteur des ICC !

Une nouvelle philosophie de l’investissement culturel : des amateurs pour les amateurs

Au-delà de la portée de l’investissement, ce qui ressort de la croissance exponentielle des plate-formes de crowdfunding est l’émergence d’un nouveau type de soutien à la création,  en adéquation avec les aspirations contemporaines. La finance participative répond à un désir : faire vivre un rêve, tout en conservant la stabilité de sa vie professionnelle. Elle concerne majoritairement des amateurs qui veulent être actifs auprès d’autres amateurs pour  les aider à créer. Les plate-formes sont en effet adressées majoritairement aux « inventeurs et créateurs-loisirs » et attirent de nouveaux investisseurs, motivés davantage par l’enthousiasme et la passion que par un potentiel retour sur investissement.

A noter que cette fibre de passion et d’affectif artistique, tant décriée par certains, n’a pas échappée à une grande institution comme le musée du Louvre. En témoigne le succès du site tousmecenes.com, créé en 2010 pour soutenir des projets ciblés, et qui  a permis d’acquérir les Trois Grâces de Lucas Cranach et de réunir plus de 400 000 euros pour la rénovation de deux œuvres du département des Arts de l’Islam. A quand une grande loi française sur le financement collectif créatif ?

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