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08.08.2012

Article - L’utilisation du réseau haut débit en France

Un nouveau modèle d’estimation du trafic permet d’évaluer le trafic des réseaux de communications électroniques haut débit et très haut débit. Enseignement principal : la vidéo constitue le flux principal et la tendance n’est pas près de s’arrêter.

90%, c’est le poids de la vidéo dans le trafic total sur les réseaux haut débit, quelque soit les réseaux ‘ouverts’ (type Youtube, Dailymotion) ou ‘fermés ou gérés’, accessibles aux seuls abonnés (type Canal +). En termes de flux financiers, seulement 10% sont monétisés, soit 20% du trafic total. L’étude menée par l’IDATE commanditée par le CNC rendue public en juin 2012 donne un panorama complet des techniques et des flux et tente des scénarios prospectifs.

La vidéo restera le trafic dominant : +30% d’ici 2015

Sur l’internet ouvert (47% du trafic total en haut débit).  Via streaming, échange de fichier en mode « peer to peer » le flux vidéo est gratuit (99%) et majoritairement illégal (70%). Le légal ne concerne que des vidéos très courtes ou des services de rediffusion. Sur les réseaux fermés, les services vidéo représentent la quasi-totalité de la bande passante (la volumétrie du trafic mobile est négligeable). Les services linéaires (p.ex. les chaînes TNT) y sont prépondérants.  Les services  de vidéo à la demande (VOD) et de rattrapage (programme en différé) représentent moins de 1% du trafic.  D’ici 2015, le trafic total devrait augmenter de 30% jusqu’à 30 Go par mois / par abonné et la part des vidéos devrait elle aussi progresser pour atteindre 60% du trafic total sur l’internet ouvert et devenir le premier poste de consommation sur internet haut débit en France.

Vers une baisse potentielle de la consommation illégale

Selon la modélisation de l’étude IDATE, plusieurs facteurs devraient nourrir une baisse des flux illégaux ; la fermeture de sites illégaux - en particulier depuis la fermeture début 2011 de Megaupload, avec ses 70% de part de marché P2P, soit 4,1 millions d’utilisateurs mensuels -,  l’application de la loi pénalisante type Hadopi qui restreint l’accès aux sites de téléchargement et de streaming illégaux, enfin, la faible qualité des vidéos illégales disponibles qui incitent les consommateurs à se reporter vers des sites payants ou des réseaux fermés de meilleurs qualités.

La consommation légale devrait donc augmenter d’ici 2015. L’enjeu sera de capter et fidéliser les usagers vers des réseaux fermés, grâce à des abonnements multiservices. Le contenu, notamment les droits audiovisuels pourraient redevenir un atout maître.

La montée en puissance de la vidéo à la demande devrait elle aussi permettre une plus grande légalité de la consommation.  Aujourd’hui encore marginale (0,1% de la bande passante), la VOD se commande aujourd’hui majoritairement sur PC (70%).  Ce mode d’accès devrait céder du terrain d’ici 2015, au profit d’offres intégrées dans des abonnements TV. On observe des tendances similaires pour les offres de rattrapage.

Ce scénario optimiste peut être atténué par l’émergence de nouvelles technologiques, principalement le mobile (et l’émergence de la 4G haut débit), qui pourraient booster la demande illégale même d’une qualité faible, même si la part des vidéos dans le mobile en 2010 reste faible (23%). Sa diffusion à grande échelle pourrait brouiller les cartes.

L’émergence d’une nouvelle demande

Cette étude brosse l’émergence d’une nouvelle demande, plus ciblée et plus exigeante, de produits audiovisuels :

−     Forte demande de services délinéarisés, qui peuvent être consommés n’importe quand et depuis n’importe quel terminal (TV, PC, mobile),

−     Importance du confort de consommation : qualité des prestations vidéo, simplicité d’accès des offres, qui est l’un des moteurs du « déversement » de la consommation illégale vers les réseaux fermés payants,

−     Demande accrue de formats longs (films, séries), qui permet au haut débit de venir concurrencer le dvd dans la rapidité et la dématérialisation des films,

Cette évolution prévisible confirme un nécessaire renouvellement de l’offre, impactant aussi bien des fournisseurs d’accès internet haut débit (quels contenus valoriser pour garder ses clients ?) que les producteurs audiovisuels (qui remplacent les financements de l’industrie vidéo ?)

Alors que la diffusion de la tablette connaît une croissance exponentielle et que celle des smartphones dépasse celle des ordinateurs portables, la consommation vidéo parie sur le retour du  terminal le plus convivial : celui d’une consommation collective devant la télévision. Si les familles ne se réuniront plus à 20h devant le journal national, elles le feront devant un film ou une série qu’elles auront télécharger au moment de leur choix.

 

Lexique :

Le Haut débit comprend le câble, la fibre optique et l’ADSL et le réseau mobile correspondant est la 3G (3ème génération), 4G est le « très haut débit » sur mobile.

Chiffres clés :

20 millions d’abonnés à l’internet haut débit en France fin 2009, soit 30% de taux de pénétration, + 5 points en 2 ans (source 0CDE), 29.8% en ADSL, 0.1% en fibre optique, ce qui la situe au 9ème rang européen derrière les pays nordiques mais devant l’Allemagne et le Royaume-Uni.