Culture is future » Innovation et numérique

23.07.2012

Article - Dis-moi comment tu lis, je te dirai qui tu es

A la différence d’autres supports culturels, le livre garde le mystère sur les comportements réels  des lecteurs. En effet, difficile de savoir, une fois acheté, si le livre est lu en entier, et en combien de temps. Le livre numérique permet de lever le voile sur les usages de lecture, et peut être faciliter la rencontre entre les auteurs et leur public.


Romance,  policier et science-fiction : des genres lus plus vite que la fiction littéraire

La lecture devient un loisir soumis aux statistiques ! Les données collectées par Barnes&Nobles (25-30% du marché de l’e-book), Kobo (8 millions d’utilisateurs) ou encore Kindle (Amazon) mettent au jour des habitudes qualitatives et quantitatives de consommation jusque-là inconnues.  La vitesse moyenne de lecture sur Kobo des lecteurs de la trilogie Hunger Games de Suzanne Collins est de 57 pages par heure et 18 000 lecteurs du second tome sur Kindle ont surligné la même phrase ! Autre exemple, les romans sont généralement lus d’une traite quand les ouvrages de non fiction sont lus par à-coups et les lecteurs privilégient tous les livres d’une même série à la suite, comme s’ils lisaient un seul et même roman.

Une interactivité aussi efficace qu’une série TV ?

Ces nouvelles connaissances ouvrent aux écrivains et éditeurs de nouvelles pistes. Faisant fi des critiques sur la mort du risque créatif, et par conséquent de la grande littérature, ou des accusations de violation de données personnelles, Barnes&Nobles cherche à identifier le moment du livre où l’attention du lecteur fléchit afin d’y insérer un contenu numérique interactif (vidéo, lien …). D’autres, comme Sourcebooks, testent le marché en publiant en ligne des ouvrages soumis aux questions et suggestions des lecteurs, lesquelles seront incorporées dans la version papier. Certains auteurs vont jusqu’à créer une péripétie majeure aux 10% du livre, limite des extraits téléchargeables sur Amazon, pour inciter les lecteurs à acheter.

Vers le livre applicatif et de nouvelles possibilités narratives offertes aux auteurs et aux éditeurs

Au-delà de ces tentatives d’optimisation du contenu des livres et des requêtes des lecteurs, on assiste au grand retour de la fiction active. Coliloquy, nouvel éditeur numérique américain, sollicite le lecteur à différents moments de la lecture. L’auteur est alors prié d’écrire plusieurs versions de son livre basées sur ce que les lecteurs ont aimé, le temps passé sur chaque chapitre et les personnages les plus suivis. A ceux qui pensent que le lecteur recherche avant tout le suspens et se laisse guider par le narrateur, Coliloquy rétorque que 90% des acheteurs de ses livres les finissent et 67% les relisent. De quoi patienter, donc, en attendant le Kadath de Walrus Editions (sur iBookStore) dont les mots disparaissent à mesure qu’on les lit …

 

Pour aller plus loin :