Culture is future » Innovation et numérique

12.06.2014

Après Cannes, les Festivals de cinéma vont-ils conquérir internet ?

Alors que le palmarès du 67ème  festival de Cannes est révélé,  certains films couronnés trouveront leur public international principalement, sinon exclusivement, grâce à d’autres festivals. Et pourquoi pas ceux organisés sur internet ! Ils participent déjà à la notoriété et la rentabilité de certaines œuvres de cinéma.

Le saviez-vous ? Alors que l’on s’impatientait de connaître les lauréats cannois, le JAMESONNOTODO festival a dévoilé, jeudi 21 mai 2014, la sélection de sa douzième édition.  Ce festival espagnol consacré aux court-métrages, se distingue aussi parce qu’il est exclusivement organisé en ligne. Signe particulier de l’initiative ibérique, aucune sélection ne préside à l’inscription des œuvres sur la plateforme dédiée.  Chacun est libre de séduire ce public virtuel : plus de 1 000 courts métrages sont proposés par édition. C’est par un effet de viralité propre à la sphère internet que les films les plus vus « remontent » et se font remarquer.

Qui dit mieux ? Plus de 10 000 court-métrages, issus de 38 pays différents, ont ainsi été présentés depuis la création du JAMESONOTODOfestival, attirant près de 30 000 spectateurs. Un Jury,  composé de professionnels du cinéma et de journalistes, récompense les œuvres les plus prometteuses dans plusieurs catégories : classiques (meilleur film, meilleurs acteurs, meilleur scénarios) ou plus spécifiques (meilleur projet de web-série). Les lauréats 2014 se verront remettre leur prix, sous forme de bourses et d’aides à la production et à la diffusion, au cours d’une cérémonie   organisée à la Cinémathèque Matadero de Madrid le 16 juin prochain. A la différence d’une plateforme uniquement pilotée par des algorithmes ou la viralité, le JAMESONNOTODO festival a bien vocation à concilier le meilleur des modèles traditionnels et virtuels de festival, pour devenir un rendez-vous médiatique prescripteur et capable de promouvoir – en ligne - de nouveaux talents.

Un précurseur : Unifrance. L’organisme chargé de l’exportation du cinéma français a lancé en 2011 le premier festival mondial en ligne d’envergure : My French Film Festival. Avec sa sélection de vingt films français,  la quatrième édition du festival a  séduit près de 4 millions de spectateurs du 17 janvier au 17 février 2014, grâce à sa plateforme en ligne accessible dans plus de deux cent pays et les sites de vidéo à la demande (VàD) de ses partenaires, dont Itunes et Dailymotion.

Faire comme les grands. Les films sélectionnés dans le cadre de My French Film Festival concourent pour plusieurs prix : le prix des cinéastes étrangers, le prix du public, le prix de la presse internationale et le prix des réseaux sociaux. Non seulement les professionnels, mais également le public mobilisé sur les forums et réseaux virtuels, distinguent les meilleures productions. Sauf que le palmarès, comme la remise des prix, est dévoilé sans cérémonie. Mais les lauréats reçoivent bel et bien une précieuse récompense, à savoir la diffusion de leur œuvre à bord des avions de la compagnie Air France et d’autres compagnies étrangères (inflight).  

Une martingale pour le film français ? Alors que la diffusion en ligne connaît une croissance ininterrompue à l’échelle européenne et mondiale[1], en agrégeant à la souplesse d’une plateforme de VàD, la dimension évènementielle et le rassemblement d’une communauté de goût - et en l’occurrence, les ciné-francophiles, Unifrance semble avoir trouvé une recette efficace pour valoriser les films français : « L'avenir du cinéma se trouve désormais en ligne, là où il existe une vraie demande… et aussi un vrai marché », n’a pas hésité à déclarer Isabelle Giordano, directrice générale d’Unifrance, à l’issue de l’édition 2014 dans un article du Monde évoquant le succès exponentiel de l’évènement.

L’enjeu est double : rajeunir le public, saisir une opportunité. Il s’agit d’abord de renouveler le public du cinéma français à l’étranger, dont la moyenne d’âge est de 50 ans aujourd’hui, à partir d’un évènement doté d’un fort potentiel médiatique, et en phase avec les nouvelles pratiques de consommation cinématographique. En ce sens, le e-festival « à la carte » répond parfaitement bien aux besoins d’immédiateté et d’individualisation des choix propres à la nouvelle génération de (jeunes) cinéphiles. My French Film Festival a permis à plusieurs films français de bénéficier d’une exposition internationale inespérée, à l’exemple du court métrage Je sens le beat qui monte en moi du cinéaste Yann Le Quellec (lauréat du Prix Jean Vigo), triplement récompensé à l’issue de l’édition 2013 du festival et par la suite vendu à plusieurs diffuseurs en Europe et en Amérique Latine.  

L’échec de la tentative européenne. Depuis 2010, le réseau des plates-formes de VàD  Eurovod tente en vain de reproduire un succès analogue au niveau européen. Aux origines de cet échec, un manque d’investissement sur les campagnes de publicité et de communication essentielles pour créer la viralité et la notoriété de tout festival (réel ou virtuel), sans parler de la difficulté des plates-formes européennes à accéder à un catalogue d’œuvres européennes disponible sur un même territoire au même moment.

En attendant la prochaine édition. La dynamique d’audience et d’estime exceptionnelle pour la production française et au-delà européenne créée par My French Film Festival -et d’autres initiatives européennes- constitue la preuve que la vidéo en ligne et à la demande est une voie porteuse pour la diffusion du film d’auteurs français et européens.

Margot Beck.



[1]  Le secteur de la location dématérialisée sur internet a connu une  hausse de 76,4% entre 2011 et 2012 en Europe, avec un chiffre d’affaire de 202,7 M d’euros. (Source : CNC, Le marché de la vidéo, dossier n°329, mars 2014). Aux Etats-Unis, ce résultat atteint 1,1 milliards d’euros (Source : NPA Conseil cité par le blog du Figaro « Bouillons numériques »)